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Travailler avec le Respect du corps et de l'esprit du cheval

« La grandeur d’une nation et son progrès moral peuvent être jugés à la manière dont les animaux sont traités. »

Mohandas K. Gandhi
 

Certains diront qu'il n'existe que deux moyens de muscler son cheval : la longe et la monte. Ils diront aussi que ces méthodes sont ancestrales et, donc, pleines de "bons sens". Ils diront encore que travailler à pied est une illusion pour travailler le muscle, que ce travail se heurte aux limites physiques humaines et est le fruit d'une "mode prétentieuses" des nouveaux chuchoteurs.

Je crois qu'il faut sortir des idées préconçues et des méthodes standardisées pour comprendre réellement le corps du cheval et les moyens que nous avons de le muscler.

Ce qui a été fait par le passé, et encore de nos jours, n'a pas toujours été fondé sur des connaissances scientifiques solides. Ces méthodes n'ont pas été soumises aux expérimentations et n'ont donc pas pu être testées. On se retrouve alors avec des méthodes tirées d'expériences de terrain qui ne peuvent être vérifiées ou réfutées sans plus d'investigations. On appellera le fait de tirer des théories de l'expérience l'Empirisme.

Ce qui est important de retenir lorsqu'on parle d'empirisme, c'est qu'il ne peut y avoir une solution toute trouvée et assurément détectable par tous. 

L'empirisme, basiquement, utilise l'expérience pour tirer une hypothèse.

Or, une hypothèse n'est pas un fait ni une vérité. Il faudra alors traiter et tester l'hypothèse.

L'hypothèse mise en place ne peut être validée ni réfutée sans expérience et tests.

Ces maitres de l'équitation qui ont formulé des hypothèses n'ont pas réalisés les tests. Affirmer alors que ces hypothèses sont vraies revient à mettre en avant une croyance et non un fait.

Lorsqu'on reprend les connaissances vérifiées sur le biomécanisme du cheval, on trouve une vision bien plus large des méthodes de musculation.

OUI, le cheval peut se muscler à pied. Il le peut à pied, en liberté, en main (longe courte), en longe (longe longue) ou bien même monté.

Pour comprendre cela, il faut comprendre la biomécanique de base. Il faut comprendre comment fonctionne les muscles et quels sont les besoins du cheval.

Rappelons-le avant tout, car ces constats sont bien trop souvent oubliés ou ignorés :

- le cheval est quadripède, ce qui lui donne apparemment une disposition adéquate pour s'assoir dessus OR son dos n'est pas fait pour supporter un poids fixe puisqu'il fonctionne comme un pont suspendu.

- pour se renforcer et devenir plus performant, le muscle a besoin d'être oxygéné OR le poids de la selle et du cavalier compresse les muscles qui ne reçoivent pas suffisamment d'oxygène et se détériorent.

- le cheval est régulièrement travaillé à la longe comme dans un manège sans fin OR le travail répété en cercle fragiliser les jarrets, le cheval fuit vers l'avant, le dos n'est pas tendu et les abdos ne sont pas serrés dans ce contexte.

- le cheval ne comprend pas les enrênements OR ceux-ci le placent obligatoirement et artificiellement dans une position, une "attitude", qui n'a pourtant rien à voir avec le geste naturel du cheval. Presque systématiquement, celui-ci ne fait que réagir (souvent par contrainte forte) à l'enrênement sans pour autant travailler ses muscles de la bonne manière (relâchement des abdos, encolure crispée, cou tendu, etc.)

D'après les deux premiers constats (/évidences), on comprend deux choses : un cheval mal ou pas musclé ne peut pas se muscler correctement en étant monté. Il faut un travail en amont pour sécuriser les apprentissages et limiter les douleurs physiques

Ensuite, les troisième et quatrième constats nous disent qu'il ne suffit pas de mettre un cheval en bout de longe pour le muscler efficacement. Il faut connaitre le fonctionnement naturel du cheval et sa locomotion pour proposer des exercices adaptés.

Attention, n'allez pas croire que je rejette toutes les pratiques équestres. Je conçois qu'il est possible de muscler son cheval en selle et je ne suis pas opposée catégoriquement à la longe (aux enrênements par contre... mais on en discutera une autre fois).

Mon objectif dans ce paragraphe est de sensibiliser les cavaliers aux réels besoins du cheval et, d'ainsi, sortir des conventions et des à priori.

L'introduction, bien trop longue et subversive, est maintenant terminée ; entrons dans le vif du sujet : Comment muscler son cheval en étant à pied ?

I. Le fonctionnement du muscle ou quels mécanismes permettent de renforcer un muscle donné ?

Paragraphe court, révisant les bases de la physiologie pour partir avec une base solide.

On appelle muscle un "Organe capable de se contracter et d'assurer le mouvement ou la résistance aux forces extérieures" (Dictionnaire Larousse 2020). On traitera uniquement des muscles striés puisqu'ils permettent le mouvement.

Basiquement, le muscle a besoin d'au moins trois briques élémentaires pour fonctionner : 

- de l'ATP (= de l'énergie)

- de l'oxygène

- du calcium

L'ATP et le calcium sont issus de l'alimentation du cheval. L'oxygène par contre doit être puisé dans l'air ambiant : le cheval inspire l'air vers les poumons, l'oxygène contenu dans l'air passe dans le sang, le sang transporte cet oxygène vers les organes (et notamment les muscles). On comprend alors que la condition pour que le muscle fonctionne est que l'oxygène puisse être transporté jusque dans la moindre fibre musculaire. Repensons au cheval monté. La pression exercée sur les muscles du dos comprime les fibres et les vaisseaux. Le sang circule plus difficilement et l'apport en oxygène est limité. Les fibres musculaires souffrent et se dégradent si la compression est trop longue. Il faut donc avoir des muscles entrainés pour travailler avec les poids sur le dos du cheval.

Pour optimiser le passage de l'oxygène dans le sang, il faut donc s'assurer dans un premier temps que les fibres musculaires ne soient pas comprimées, ni par un problème interne (nœud, blocage ou autre) ou un problème externe (poids sur le dos, tension dans les rênes, ou autre).

II. Les exercices à pied pouvant muscler le cheval :

Exercice 1 : Reculer - Départ au pas/trot/galop

Cet exercice peut s'apprendre à pied ou à la longe. L'important est que le cheval soit droit dans ses déplacements et que la mise en avant soit active.

Etape 1 : Apprendre à reculer sans pression (on oublie le stick ou la longe qui est secouée)

Etape 2 : Apprendre au cheval à suivre en face à face ET en étant à l'épaule

Etape 3 : Enchainer les demandes de reculer puis repartir en avant (d'abord au pas puis demander les allures supérieures)

Exercice 2 : Barres au sol à pied AU PAS

Le travail des barres peut être réalisé à pied en se plaçant à l'épaule ou face à face. Il permet de travailler sur des lignes droites ou des courbes tout en mobilisant les abdos et les jarrets du cheval.

Une grande partie des problèmes d'impulsion du cheval vient de son incapacité (ou inefficacité) à soulever ses postérieurs pour les placer sous son poids (sous le ventre). Ce travail permet de débuter l'entrainement efficacement.

Etape 1 : placer 3 ou 4 barres au sol en ligne droite. Ici on commencera au pas avec une distance de 75cm pour un cheval (doubler les distances pour chaque allure supérieure : 150cm au trot et 300cm au galop) pour échauffer le cheval et lui apprendre à soulever les postérieurs. L'idée est de demander au cheval un pas franc, les postérieurs bien positionnés sous la masse et en étant droit.

Etape 2 : placer les barres en arc de cercle (1/4 de cercle de 5m de diamètre pour le pas). Redemander plusieurs passages en prenant garde de toujours demander le même nombre de passage à chaque main avec beaucoup de variation de sens.

Je vous invite à lire plus en détail les ouvrages cités dans la bibliographie puisqu'ils détaillent le fonctionnement des muscles (chez l'ensemble des mammifères)

- Jean RAIMBAULT, Bernard SWYNGHEDAUW, « MUSCLES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 4 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/muscles/

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